Crise de l’élevage : deux propositions à Stéphane Le Foll

Monsieur le Ministre,

Plusieurs secteurs entiers de l’élevage français traversent aujourd’hui une crise très inquiétante. Vous êtes engagé avec les représentants des professionnels depuis de nombreux mois dans la recherche de solutions durables.
Ma démarche concerne d’abord la production de viande bovine, et très directement celle du bassin allaitant.
En dépit de toutes les démarches explorées, l’idée s’installe dans nos campagnes d’une impuissance générale, conduisant des milliers d’éleveurs à une situation de profonde détresse, voire à envisager sérieusement la fin de leur activité. Les jeunes installés sont évidemment les plus directement victimes de cette situation structurelle.

Je crois, comme beaucoup de professionnels et vous-même, indispensable de rétablir un niveau de prix compatible avec le maintien du tissu des exploitations familiales. Le soutien aux exportations, l’approvisionnement de la restauration collective et les circuits courts, et la garantie par la grande distribution (et l’interprofession) de prix décents sont parmi les pistes principales de solution.

Ma première proposition naît du constat de l’évolution récente des prix. Malgré l’accord conclu au plan national, les acheteurs et les intermédiaires ne traduisent pas ou très peu les engagements consentis dans les achats réalisés.
Si cette situation perdure, il faut en tirer clairement les conséquences et rétablir un nouvel équilibre dans le partage de la valeur ajoutée. Quand le contrat ne suffit pas, il est urgent d’imaginer d’autres formes d’intervention qui ne soient pas immédiatement contournables.

Aussi, je propose qu’une taxe sur le chiffre d’affaires et/ou les bénéfices de la grande distribution et des intermédiaires permettent d’abonder un Fonds de soutien aux producteurs français mobilisables, en fonction de la conjoncture, mais aussi pour leurs investissements.
Cette taxe serait évidemment réévaluée chaque année en fonction de la situation économique et des équilibres du secteur. Elle aurait ainsi un caractère incitatif à rechercher des remèdes collectifs à la crise. Je souhaite que sa faisabilité technique et juridique soit examinée dès cet été, pour être présentée au Parlement dès la rentrée, car le temps joue contre les producteurs.

Ma seconde proposition concerne les circuits d’approvisionnement de la restauration collective. Partout en France, des collectivités de tous niveaux, des écoles, des hôpitaux, d’autres établissements publics ont développé des achats locaux et durables.
Force est de constater que ce mouvement demeure minoritaire, et sans effets suffisants sur les prix. Aller plus loin exige un considérable effort d’organisation, pour les producteurs comme pour les acheteurs, et surtout une réelle volonté collective, au-delà des effets d’annonce ou des obligations morales. Je propose qu’à votre initiative, et avec les réseaux de collectivités (communes, conseils départementaux et régionaux…), soit vigoureusement initiée une politique massive d’achats publics, associant les acteurs professionnels volontaires et les Chambres d’agriculture. Dans chaque département, des objectifs de mise en marché et d’achat seraient signés avant la fin de cette année. Une organisation spécifique (coopératives, GIP…) serait mobilisée.

Pour faire face à cette crise, beaucoup a été tenté. Tout n’a pas été essayé. Je mets en débat ces deux propositions, et je suis à votre disposition cet été, comme à celles des professionnels pour passer des idées aux actes sans retard.

Je vous prie d’accepter, Monsieur le Ministre, mes très sincères salutations.

Christian Paul