Mon intervention de clôture de nos journées d’été 2016 à La Rochelle

LA ROCHELLE 2016

Ces journées montrent que la gauche ne meurt jamais. Elles doivent tout à nos amis de La Rochelle et à l’équipe nationale d’A Gauche Pour Gagner. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés, ainsi qu’Emmanuel Maurel.

Sur la Rochelle, je vous dois une confidence.
Quand le vieux parti était là, l’an dernier, souvent la routine nous étouffait, cette routine du pouvoir qui broie les idées et la fraternité.
Quand le vieux parti a quitté La Rochelle, c’était un clin d’œil et surtout c’est une liberté d’y revenir.

Un air de liberté règne sur La Rochelle, grâce à vous tous.
Vous qui ne confondez pas loyauté à notre peuple, et soumission aux institutions. Vous qui n’acceptez pas de vous taire quand le pouvoir fait fausse route.
On vous a parfois reproché de manquer de loyauté.
C’est une totale méprise ! Nous sommes d’une loyauté implacable à nos idées.
Savez-vous que la seule fois où FH a reçu nos députés, il nous a dit : « Le problème, avec vous, c’est que vous être sincères ».
Oui, nous sommes d’une grande loyauté, d’une loyauté implacable à nos idées, d’une fidélité sans faille au peuple de gauche, celui de 1981, et celui de 2012.

Un air de liberté souffle grâce à vous. Mais nous ne sommes pas seuls. Cet air de liberté, nous le devons aussi à Christiane Taubira, Cécile Duflot, Martine Aubry, Aurélie Filippetti, Pierre Laurent, Pierre Joxe, Pouria Amirshahi, avec les Jeunes socialistes, mais aussi Jean-Claude Mailly, Philippe Martinez, avec L’Unef et William Martinet… qui tous, sauvent l’honneur de la gauche. Je les salue et je leur rends hommage avec vous.

Un esprit de responsabilité aussi, car à l’heure où nous parlons, sans sursaut collectif, la gauche est effacée du second tour de l’élection présidentielle.

Je veux aller à l’essentiel, et en en votre nom, lancer un appel.

Jusqu’ici, nous avons rempli nos obligations contre vents et marées :

- Nous avons lancé l’alerte, dès 2012 inquiets déjà de la catastrophe qui s’annonçait. Nous l’avons lancé et relancé après la terrible défaite de 2014, sous les regards indifférents de dirigeants inconscients.
- Nous avons résisté aux renoncements programmatiques des uns et aux outrances guerrières des autres.
- Nous avons proposé de vraies réformes, sans relâche, parce que nous croyons qu’en toute chose, il n’y a pas une seule politique possible : c’est vrai pour les réfugiés, pour le chômage de masse, le pouvoir d’achat, la justice fiscale, pour la Sécu, les banques, et le droit du travail.
- Nous avons agi avec maturité : nous avons demandé et obtenu la primaire, pour éviter l’éclatement du PS.
- La « fronde » des parlementaires fut d’abord une fidélité, jamais une trahison.
- Nous n’avons jamais manqué à nos responsabilités dans ce pays ensanglanté, pour défendre la République et ses principes, sans alimenter les peurs.

Au risque d’étonner les sceptiques et les blasés, nous pouvons donc revendiquer une fierté.
Je veux bien écouter nos défaites, nous sommes lucides, mais je dois aussi vous rendre compte de notre action commune et de ses résultats.

Oui, fierté de résultats hautement symboliques.
Sans nous, la déchéance de nationalité aurait été votée, dans la honte, avec la droite.
Sans nous, la loi Macron passait intacte, sans résistance.
Sans nous, la loi Travail était votée dans sa première version.
Nous avons porté au Parlement et dans le Parti socialiste la voix de cet immense mouvement populaire : la voix des grandes pétitions, celles des places et des Nuit debout, celle des rues, des cortèges et des syndicats, quand il a même fallu, face à un premier ministre issu de la gauche, défendre le droit de manifester dans Paris.

Ce qui nous distingue de beaucoup d’autres, qui conduisent à la défaite le Parti socialiste, c’est que nous savons que la peur de la droite ne fera pas massivement voter pour la gauche, tant la déception est forte. Et pourtant, je vois comme vous l’hystérie revancharde de Sarkozy contre les libertés, et la marche sur l’Elysée de Marine Le Pen.

Notre obligation, ici et aujourd’hui, c’est d’abord de comprendre de quoi le pays a besoin.
La France est un pays meurtri qui a besoin d’un projet optimiste.

Ce projet optimiste, on ne le trouvera ni dans les obsessions identitaires, ni dans l’amnésie libérale.

1) Le ressort de la France, c’est de ne pas renoncer à l’égalité pour ne plus parler que d’identité.

Notre pays exige d’être protégé, pas d’être anesthésié.
Qu’est-ce qui le protègera mieux demain ?
L’ouverture ou le repli ?
Son rayonnement ou ses frontières ?
La renaissance, le redressement ou les réformes tièdes qui préparent le déclin ?
La citoyenneté ou l’oligarchie ?
Le Parlement réveillé ou l’article 49-3 ?
La démocratie ou le marché ?
Les communs ou les égoïsmes ?
Une laïcité d’aujourd’hui ou une islamophobie insupportable ?
L’égalité, la justice ou les rentes et les privilèges ?
La question sociale ou la déchéance nationale ?

Notre projet optimiste, il est là. Il protège la France quand il fait progresser l’égalité là où d’autres aggravent les fractures, ou se contentent d’une adaptation défensive à l’ordre des puissants.

2) Le ressort de la France, il est aussi dans son histoire et dans sa mémoire. Nous ne sommes pas des libéraux amnésiques.

- L’histoire de France n’est pas une page blanche, je le dis à Emmanuel Macron, qui, lui, ne dit rien, mais le dit bien.
- Nous avons des responsabilités en héritage.
- Nous sommes les héritiers d’une espérance. Nous avons la mémoire des combats de nos pères.
- Notre histoire, c’est la force de la France, pour ne pas céder pas à la peur, quand notre pays est sans cesse attaqué. Car l’histoire de France est faite des résistances, des résiliences et des renaissances.
Voilà ce qui nous devons mettre au coeur du débat national. Oui, la France est un message, pas une simple promesse électorale.

* *
*

Quelles sont nos obligations demain ?
Ce n’est plus d’implorer le changement qui ne vient pas, mais gagner l’alternance à gauche, car nos idées y sont majoritaires.

Pour les Français, 2012 a été une alternance fictive.
François Hollande n’a pas créé les conditions pour être une seconde fois le candidat, notre candidat. Il est trop tard.
Ceux qui lui doivent tout le pousseront, le poussent déjà vers la sortie.
En disant cela, je ne confonds pas François Hollande et Nicolas Sarkozy. Dans l’éducation, l’écologie avec la COP21, la santé, il y a eu des avancées. Et il suffit de lire les programmes ultra-libéraux pour mesurer le tsunami qui vient.

Notre obligation, ce sera de monter au combat, de ne pas déserter l’élection présidentielle.

Nous devons fabriquer du commun, ensemble, comme ici à La Rochelle, sortir des cadres qui enferment.

Mes amis, je crois savoir ce que vous voulez. Je vous ai souvent entendus.
Vous voulez tout simplement plus d’unité dans ce moment.

L’unité n’est pas la potion magique. L’unité n’est pas la pensée unique. Elle pourrait même camoufler le conformisme, et la discipline grégaire des moutons.

Vous voulez l’unité, pas l’unité de façade, pas l’unité sous la menace, vous voulez l’unité pour « un nouveau et solennel départ » (ce sont des mots de Césaire).

Vous voulez l’unité pour gagner la primaire, et pour aller en force vers l’élection présidentielle. Banco !
Vous voulez une stratégie collective. Alors dites-le.
Vous voulez que le vainqueur de la primaire soit présente (e) ce matin parmi nous.
Vous rêvez comme moi pouvoir dire dans moins d’un an : oui, à La Rochelle, il y avait le prochain président de la République.

Oui, nous pouvons gagner la primaire. Pour cela, il faut le projet, la coalition, l’incarnation. Dans cet ordre. Il faut aussi une primaire loyale. Ce n’est pas gagné. Si elle ne l’est pas, nous ne serons pas captifs.

Notre direction a proposé en juillet (je cite) d’« aller, par étapes, vers une candidature unique ».
Cela engage chacun et chacune d’entre nous.
Chacun l’a accepté, personne ne s’en est exonéré.
Je remercie Marie-Noëlle, Arnaud, Benoit, Gérard, de leurs contributions de ce matin.

Comment faire ?

1) Je n’ai jamais pensé qu’il fallait un « candidat des frondeurs ».
Personne n’est notre propriété. Nous ne sommes la propriété de personne.
Une candidature à l’élection présidentielle doit embrasser beaucoup large.

Mais nous sommes ceux qui pouvons rendre crédible cette alternance à gauche. Quelle est la crédibilité de ceux qui incarnent l’interminable déception du quinquennat ?
On peut crier Eh ho, la gauche ! Mais c’est étrange, personne ne répond.
Le temps n’est pas aux simulacres.

2) Mais pour gagner la primaire, bâtir une alternance à gauche, il faut une volonté collective sans faille.
Il faut du collectif, pas des jeux tactiques. Entre nous, il existe des différences, parfois des divergences. Mais il n’y aura aucune place entre nous pour des divisions artificielles, je veux en être le garant.

Je propose que nous organisions sans retard ce travail de rapprochement des projets, ce qui fait qu’un rassemblement n’est pas un simple arrangement.

Pour fonder sur du sérieux l’unité de candidature, mettons-nous au travail. Notre plate-forme 2017 peut s’écrire ensemble, aider à accueillir ces convergences, parler de la France et à la France. Le plus tôt sera le mieux.
Je propose que dès maintenant, un groupe de contact associant des camarades travaille sur cette plate-forme, que chacun y amène le meilleur de ses idées.
Nous ferons le point publiquement dans quelques semaines.

Alors, la primaire, oui, mais laquelle ?
Chacun a constaté que non seulement le PS, mais la gauche toute entière, était programmée pour disparaître de l’élection présidentielle, effacés de la vie publique.

Ce que je vais vous dire vaut pour nos choix comme pour ceux des autres.
La situation est sans précédent depuis 1958. La faiblesse de la gauche, le désaveu du Président, tout cela concourt à une raclée électorale et à une revanche réactionnaire de grande ampleur.
Cet effondrement peut détruire le PS, comme en leur temps, le Pasok ou la SFIO.
On ne peut pas craindre un 21 avril et s’abimer dans des aventures solitaires.
On ne peut craindre le retour des années trente et dormir tranquille quand on est socialiste.
Il va falloir d’immenses révisions stratégiques dans les boutiques obscures de la gauche.

C’est donc une grande primaire citoyenne, ouverte à toute la gauche qu’il faut relancer. Nous allons demander à rencontrer la direction du Parti Socialiste, les communistes, les écologistes, pour reprendre la discussion sans exclusives à l’égard de quiconque, et sans préalable.

Mélenchon nous dit : « Je ne prends pas le risque de devoir soutenir François Hollande ». Je lui réponds : « Viens donc le battre ! »

Il faut à eux et à nous du courage, de l’humilité, et la vision des enjeux.
Car partout en Europe, il y a des choix historiques à faire. Partout en Europe, il y a la ligne libérale à défaire. Partout en Europe, il y a l’extrême-droite à combattre.
C’est le sens de notre Appel de la Rochelle.
Nous devons trouver –vite !- l’antidote à la balkanisation de la gauche, résultat de ce quinquennat. A nous de le faire, car nous savons parler avec toute la gauche. Nous l’avons prouvé ce matin.

Pour conclure,
J’ai une obsession, beaucoup la connaissent,
Que nous soyons capables, le moment venu, de réinventer la gauche française, disloquée par ce quinquennat, et porter un projet politique, qui sera un choix de société, une politique de civilisation, disait Edgar Morin.

C’est depuis Poitiers notre mission. Personne ne le fera sans nous.
Mais nous ne le ferons pas seuls.
Nous avons à accomplir un immense dépassement des cadres habituels.
Il faudra un nouveau parti et un parti d’un nouveau type après 2017. Je prends date : je ne crois pas possible, plus possible les tentatives de rénovation « intra-muros » du Parti socialiste, comme en 2002 ou 2008.
Les partis ne pourront plus se contenter d’un lifting, ou même d’ouvrir les portes et les fenêtres.
Les partis de la gauche française devront trouver le courage de faire tomber les murs.
Pour sortir de Solferino, sortir de la place du colonel Fabien, et des maisons vertes, rouges, rose.

Pour cette réinvention, le plus tôt serait le mieux.
Ça pourrait être avant les présidentielles, dans les primaires citoyennes ouvertes de toute la gauche, que nous voulons.
Ca pourrait être après les présidentielles, pas simplement dans une recomposition, mais dans une puissante offensive de mutation.

Voilà nos obligations.
Personne ne manquera à l’appel. Nous sommes un courant turbulent, nous sommes un courant pluriel, mais au moins nous sommes un courant vivant, quand le parti officiel s’apparente de plus en plus à un astre mort.

Avec vous, je refuse la démoralisation de notre pays.

Avec vous, j’invite à l’offensive, à l’action, au courage, à l’imagination, et au rassemblement. Pas pour nous, mais pour la France.