« Qu’allons-nous faire de l’unité ? »

Le 10 mai, pluie ou vent, les socialistes du Morvan et de la Nièvre se retrouvent à Château-Chinon, et d’autres les rejoignent. Les paysages du Nivernais prennent au cœur. François Hollande y était venu en 2011.
Nous nous rassemblons, pour un moment commun, comme on fréquente une école de volonté et d’espoir jamais apaisé. Ce n’est pas un pèlerinage, plutôt une façon de rappeler qu’il n’y a pas de fin de l’Histoire. Celle du socialisme nous dépasse, comme elle transcende tous ses acteurs. A travers les décennies, de Jaurès jusqu’à aujourd’hui, les scènes se répondent. Les mêmes épreuves, les mêmes mots. Souvent, c’est la question de l’unité qui apparaît quand il faut conquérir ou périr, transformer ou renoncer.

Ce matin, je relis quelques pages du discours de François Mitterrand à Epinay, en 1971. Une question le traverse d’un bout à l’autre, il la prononce dix fois : « Qu’allons-nous faire de l’unité ? » Il interroge un moment différent du notre. Mais au fond, la question de l’unité reste terriblement vivante, à chaque moment où l’on hésite entre s’enfermer ou se réinventer.

Cette question d’Epinay résonne plus que jamais aujourd’hui. Elle vaut pour le Parti socialiste, comme pour toute la gauche. Elle nous est posée chaque jour, avec l’inquiétude réelle ou une menace à peine feinte. Elle nous sera adressée chaque soir jusqu’au congrès de Poitiers.

Je veux y répondre, car elle n’est pas illégitime, si on la pose sincèrement. Elle devient dérisoire, si elle n’est qu’un subterfuge, pour anesthésier et pour contraindre.

L’unité est là pour nous faire grandir, pas pour nous enfermer.
L’unité s’impose d’elle-même quand s’agitent des querelles subalternes. Elle se prépare et se construit dans l’effort quand il s’agit de l’essentiel, de l’avenir du pays, qui ne va pas bien, ou du Parti socialiste, qui est en survie.
L’unité vient à la fin. Elle sort renforcée des confrontations maitrisées. Si on s’escrime à l’imposer au début d’un processus politique, et non à la sortie, elle perd sa force et son sens.
L’unité est un capital précieux. Mais selon la façon de l’utiliser ou de la brandir, on en fait un talisman efficace ou l’ordre du jour d’une caserne.
L’unité a deux fonctions : la paix entre nous, et le courage d’affronter nos adversaires.
En 2015, comme à chaque étape décisive dans un avenir proche, les deux sont nécessaires.

A chacun de choisir. J’ai une trop haute idée de mon parti pour laisser les militants dans l’étau d’une nouvelle pensée unique. Notre propre démocratie serait en danger si on veut nous priver de la clarté des idées.
J’invite ceux pour qui l’unité est un prétexte à l’endormissement des consciences à nous laisser débattre et avancer. J’invite tous les autres, les plus nombreux, à se demander ce que nous allons faire de l’unité.
Notre unité deviendra réellement utile si nous voulons enfin inspirer l’action de la gauche au pouvoir, assurer le respect de nos engagements, trouver le bon chemin, mener fermement les combats tout proches avec la droite et le Front national. Avec beaucoup de socialistes, nous y sommes prêts. Oui, l’unité n’a de sens que si nous savons vraiment ce que nous voulons en faire.